Toujours en colère

Oooohhh la colère ! Vaste sujet ! On est tous démunis face à la colère des gens qui nous entourent, et plus particulièrement celle de nos enfants. Oui, car on s’en sent responsable. Je voudrais partager quelques informations au sujet de la colère qui devraient vous aider à mieux l’appréhender.

Un sentiment utile

Comme tous les sentiments, la colère a son utilité. C’est une réaction saine face à un sentiment d’injustice. Grâce à elle, nous sortons dans les rues manifester pour nos droits par exemple. C’est également ce sentiment qui nous pousse à ne pas nous laisser marcher sur les pieds au travail ou dans notre vie personnelle.

Nous avons tous de bonnes raisons d’être en colère. Par contre, on a tous des raisons différentes ce qui fait que parfois on ne voit pas ou ne comprend pas le déclencheur de la réaction de l’autre.

Comme je le disais dans l’article le cerveau dans la main, le cerveau des enfants est immature et pour eux la colère est une émotion très forte qui les envahit littéralement. Ce n’est pas un caprice lorsqu’ils font une crise parce qu’on ne leur a pas laissé mettre un t-shirt à manche courte en plein hiver. Leur cerveau n’est simplement pas capable de relativiser ou même de l’aider à se calmer. La colère a pris le contrôle de la bête 😮

Nous avons chacun des raisons qui nous sont propres de ressentir chacune de nos émotions. Ainsi nous devons accepter l’émotion de l’autre et pas la nier.

Notre réaction face à la colère

La colère face à la colère

Si la colère est dirigée contre nous, nos neurones miroirs s’activent bien souvent et rapidement nous sentons la colère monter en nous également. Notre seuil d’homéostasie est dépassé et nous cherchons désespérément des stratégies pour rétablir cet équilibre interne.

Parmi ces stratégies nous pouvons trouver : crier pour faire redescendre la pression ou nier l’émotion de l’autre qui est notre déclencheur à nous (Non mais tu vas pas te mettre en colère pour si peu, il n’y a aucune raison de faire une crise là maintenant, tu as toujours aimé ce pull mets-le et on en parle plus…).

Le problème quand on est tous en colère, c’est que personne n’écoute personne. Il est donc difficile de trouver des solutions efficaces pour se sortir de ce pétrin.

Les conseils

Autre réaction possible, souvent lorsqu’un ami nous fait part de sa colère envers une tierce personne : lui donner des conseils.

Cela semble sympa comme ça, on veut aider quoi ! Et là vous vous dîtes « elle va quand même pas nous dire qu’on peut pas aider nos potes à résoudre leurs problèmes !? » Et bien oui et non. Disons que le conseils va vous être plus utile à vous, pour maintenir votre seuil d’homéostasie qu’à votre ami.

Je m’explique : quand on est face à un ami en colère, la situation nous met mal à l’aise et par nos conseils nous espérons inconsciemment sortir de cet inconfort en donnant la solution miracle à notre ami, win/win sur le papier.

Le hic, c’est qu’en face notre ami, lui, ben il vit pas les choses comme on l’espérerait. Non, loin de nous voir comme son sauveur qui accourt sur son cheval blanc tel un chevalier, il nous perçoit (toujours inconsciemment on est d’accord) comme un donneur de leçons. « Quoi mais c’est pourtant simple il suffit de faire comme ça » mais oui suis-je bête pourquoi je n’y avais pas penser avant…

En fait, c’est là que notre ami sort SON système de défense. Et souvent ça donne ça : « Oui mais dans ma situation ça marchera pas, tu sais mon mari il pense que… c’est juste pas possible en fait ! » Donc notre ami en plus d’être en colère, il est sur la défensive maintenant, mouais bof, c’est pas ce qu’on espérait.

Mais que faire alors ?

On est responsable de nos émotions

Alors oui, on ne décide pas d’être en colère, mais on est responsable de nos choix face à elle. On peut l’entretenir ou bien se calmer et agir sur la situation qui a déclenché en nous cette émotion. On peut se laisser marcher sur les pieds, on peut choisir de ressasser son problème, on peut se victimiser…mais cela ne fera pas avancer le schmilblick !

Ou nous pouvons prendre le taureau par les cornes et agir sur le déclencheur plutôt que d’y réagir. On doit pour cela être au clair sur ce qui est acceptable pour nous et identifier notre marge de manœuvre. Elle est souvent bien plus large qu’on ne le pense.

Un petit exemple

Je suis énervée car après avoir mis le petit au lit (chose qui m’a déjà pris une éternité parce qu’il avait fait sa sieste plus tard que d’habitude…) et je vois que la table n’a pas été débarrassée. Dans ma tête il était évident que mon conjoint aurait rangé vu que j’étais coincée en haut à faire téter le bébé. Mais non ! Je suis donc déçue, cette déception engendre un sentiment d’injustice « pourquoi c’est toujours à moi de tout faire ? » que je rumine et la colère monte.

Mais ce rôle c’est moi qui me le suis donné. Mon conjoint, après avoir mis le grand au lit a voulu se reposer un peu et s’est mis sur le canapé. C’est quelque chose que je ne me permets pas, c’est MON choix. Et bien ce jour là, je me suis posée la question : qu’est-ce qui est plus important pour moi là maintenant tout de suite, finir le montage de ma dernière vidéo ou ranger ce bazar ? Eh bien pour une fois, j’ai choisi de faire ce que je voulais faire et de laisser le bazar.

Mon conjoint, qui certes un peu déçu lui aussi que je ne le fasse pas moi, s’est certainement posé la même question et a décidé de ranger le plus gros. Il a rangé ce qui le dérangeait lui. Si je m’étais sacrifiée, comme d’habitude, sans écouter ma colère. Il n’aurait pas rangé. Et le plus beau c’est que je ne lui ai pas demandé.

Au final, j’ai monté ma vidéo et j’ai fini de ranger les deux trois choses qui restaient qui moi me dérangeaient. En prenant la responsabilité de ses émotions, et plus particulièrement de sa colère, on peut agir dessus. C’est ainsi aussi qu’on responsabilise les autres. Mon conjoint avait pris l’habitude que je fasse tout ça et du coup ne devait même plus se poser la questions de ce qu’il devait faire ou non et ne faisait qu’appliquer des consignes que je lui donnais.

Une habilité à apprendre

Et bien notre enfant doit tout d’abord apprendre à reconnaître ses émotions. Donc on va simplement commencer par la nommer. « Ben dis donc mon loulou tu as l’air en colère ! ». Souvent en laissant un petit silence, l’enfant va s’ouvrir à nous et nous expliquer la situation, du moins nous donner son point de vue sur les choses.

L’écoute active

ATTENTION PIÈGE : même s’il ne nous dit pas exactement la vérité, ce n’est pas le moment de mettre les points sur le i. Il nous dit comment LUI a vécu les choses. On peut pratiquer l’écoute active. C’est à dire qu’on répète ou reformule ce que lui dit pour lui permettre de trouver sa propre solution. C’est le but ultime de la discipline positive, aider l’enfant à trouver en lui les ressources nécessaires.

Des outils pour gérer la colère

Ensuite on peut lui proposer des choses qui pour nous sont acceptables pour l’aider à évacuer le stress engendré par la colère. Car il faut bien savoir que l’enfant se sent bien souvent enfermé dans ce sentiment de frustration et ne sait simplement pas comment sortir de cet état de crise.

Mon fils me le dit d’ailleurs souvent en hurlant « Maman je ne sais pas comment me calmer ». Dix secondes plus tôt, il dirigeait sa colère contre moi mais quand il dit ça, je vois qu’il est perdu et cherche mon aide.

Boîte à outils

Je vais vous donner quelques trucs qui fonctionnent assez bien pour aider un enfant à se calmer sans nier sa colère :

  • Boire un verre d’eau. Avec la colère notre rythme cardiaque peut augmenter. Cela permet donc de faire redescendre la pression et de se rafraîchir les idées. On peut y ajouter un peu de visualisation en disant à son enfant d’imaginer l’eau fraîche éteindre le feu du dragon de sa colère.
  • Lui poser une question qui lui demande un tout petit peu de réflexion. Ca ne doit pas être difficile pour lui, le but n’est pas de le mettre en échec. L’idée est d’activer son cortex préfrontal, zone du cerveau qui aide à réguler les émotions. On peut par exemple, lui demander de compter jusqu’à dix, ou de nous parler de son dinosaure préféré. S’il est plus petit compter jusqu’à trois ou « comment fait le chat »…
  • Faire une activité physique, sauter à cloche pied, sauter sur un trampoline, faire des tours du jardin en courant… Cela permet d’évacuer les tensions. Il semblerait qu’une activité physique régulière soit aussi préventive. On s’énerve moins facilement si on a une bonne hygiène de vie qui comprend un peu de sport régulièrement.
  • Taper dans un coussin. Là, les experts sont plus partagés. Le risque étant de conditionner l’enfant à taper en cas de crise de colère donc il ne faut pas que ce soit systématique ou que cela devienne une habitude. Cependant, si l’enfant a déjà « l’habitude » de taper en cas de colère, on peut rediriger son geste sur un coussin dédié dans un premier temps, avant de lui donner des ressources plus saines pour se calmer. Mieux vaut qu’il tape le coussin que son frère hein ?
  • Plus difficile mais très efficace si on y arrive, faire rire. Ca fait du bien à tout le monde, la pression redescend immédiatement, c’est tout bénef ! Il faut faire attention à ce que l’enfant ne pense pas qu’on se moque de lui et avoir la bonne attitude : vraiment avoir envie de rentrer dans le jeu, sinon ça ne marche pas.
  • Utiliser ses neurones miroirs. Je pense que ce point là est à appliquer en même temps que tous les autres. Si on est énervé en demandant à notre enfant de boire un verre d’eau, il y a peu de chance qu’il accepte. Des fois il nous suffit de prendre 5 minutes de pause (oui on peut s’enfermer dans la salle de bain avec dans nos écouteurs notre chanson préférée à fond, ou bien moi j’utilise ce temps pour réfléchir à ce qui se passe dans la tête de mon enfant…reconnexion avec mon cortex préfrontal) et on y retourne avec une réelle envie d’aider notre enfant. Il percevra cette intention et sera beaucoup plus coopératif.

Parmi toutes ces idées (liste non exhaustive évidemment) certaines ne marcheront peut-être pas du tout avec votre enfant, d’autres feront des miracles. Souvent, il ne faut pas se fixer sur une seule stratégie mais en changer régulièrement. Une qui ne fonctionnait pas la semaine dernière, sera peut-être efficace aujourd’hui…

En conclusion

Je voudrais juste ajouter une chose. Ne croyez pas qu’ici il n’y a pas de crises ou que je ne perds jamais mon sang froid… Non ça c’est juste impossible, personne n’en est capable et ce n’est pas SAIN. La colère est utile pour nous aussi adultes. C’est lorsqu’on la dirige vers autrui qu’elle devient violence. Acceptez et vivez votre colère mais soyez conscients que vous en êtes responsables. À vous de choisir comment vous voulez agir avec elle.

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