Article du 20/11/2016

J’ai prévu d’écrire d’ici peu un article sur la motricité libre. Mais une discussion que j’ai eu très récemment m’a poussé à me diriger d’abord sur le sujet des trotteur, qui est très lié au concept de la motricité libre. Personnellement, je n’ai aucune expérience avec le trotteur car je savais déjà que c’était néfaste donc je préfère laisser la parole à une autre. Il s’agit d’une maman que j’ai rencontré sur les réseaux sociaux, qui comme toutes les jeunes mamans, a appris de ses erreurs. Celle-ci elle la regrette amèrement et souhaite donc partager son expérience pour éviter à d’autres parents de la commettre. Malheureusement, en France, nous ne somme pas bien informés sur le sujet. C’est une maman pleine de courage et je tiens à la remercier de nous faire part de son expérience. Voici son témoignage :


Voici mon expérience de maman, alors âgée de 21ans, inexpérimentée, désinformée, et élevée dans un youpala.

Info : Le trotteur/youpala est interdit au Canada depuis 2004.


Le méfait du trotteur/youpala dont je souhaite parler en particulier aujourd’hui est celui-ci : ma fille, suite à un usage raisonnable du trotteur (GRAND MAXIMUM 4 sessions de 20min/jour) a pris le mauvais réflexe de marcher sur la pointe des pieds.C’est assez courant puisque c’est ainsi que les enfants apprennent à donner leur impulsion dans le trotteur, qu’ils portent des chaussures ou non. C’est donc également comme cela qu’ils acquièrent leur équilibre. Je précise que je n’ai mis ma fille dans le youpala qu’à partir de 9mois (je n’en avais pas avant). À cet âge là ils nous semblent bien plus solides, bien plus forts et capables qu’à 6 mois par exemple, qui est l’âge à partir duquel on est censés pouvoir commencer à utiliser le trotteur (selon étiquette produit).


D’autres enfants présentent d’autres troubles plus connus comme les jambes arquées, les problèmes de dos, de hanches et de bassin, et certains même n’apprennent pas à fléchir les jambes et donc à s’asseoir. Une amie qui travaille en crèche a été témoin d’une situation où l’enfant en question se jetait en arrière la tête la première pour atteindre le sol car il ne savait pas faire autrement. Les autres problèmes engendrés peuvent être moins évidents. On sur-stimule un enfant, qui n’est physiquement et psychologiquement pas prêt à faire ce qu’un trotteur lui permet de faire. Il n’y a pas de déroulement du pied, position du bassin non physiologique, mauvais appuis plantaires, cela peut causer des troubles de coordination, des troubles de concentration, une mauvaise orientation dans l’espace, et tant d’autres… dû au fait que l’on grille les étapes du développement psychomoteur de l’enfant.


Pour ce qui concerne ma fille, c’était donc la pointe des pieds. Nous n’avons pas détecté directement le problème, ni moi, ni la PMI dans laquelle je faisais son suivi… Mon entourage disait qu’elle allait « finir danseuse étoile », bref, pour nous il n’y avait rien de grave. Puis Zoë a grandi, et ce réflexe n’est pas passé. Elle a fini par ne plus marcher autrement que sur la pointe des pieds. La marche à plat n’était pas du tout naturelle chez elle et semblait très inconfortable. Elle marchait de plus en plus en équin, et cela m’a poussé à aller consulter.


Après différents examens orthopédiques et un examen neurologique, le verdict est tombé : c’était effectivement une mauvaise habitude prise lors de l’apprentissage, et liée à l’utilisation du trotteur. L’orthopédiste nous a proposé une seule solution : le port de plâtres. Ces plâtres allaient servir à redonner de la souplesse aux ligaments et aux tendons de Zoë, et également à la forcer à marcher sur les talons.


Sur les photos, vous verrez que l’angle pied-cheville est en forme de V, donc les orteils surélevés. Elle devait porter ces plâtres pendant 2 mois, et marcher sans béquilles, même à l’école. Fini donc le sport, la marelle, fini de jouer au loup ou à cache-cache avec les copains-copines, on oublie aussi le foot et la corde à sauter, la piscine avec la classe, bref… Pas évident pour ce qui est de la sociabilisation à l’école. Et pourtant, à la base c’est loin d’être un problème pour elle car elle est hyper sociable, a une grande confiance en elle, et est loin d’être timide ou de se laisser faire, ce qui d’ailleurs a sûrement dû l’aider…



Les plâtres étaient en résine, donc cassants, les morceaux lui rentraient dans les talons, elle a eu des ampoules en seulement 3 jours, c’était la grosse galère pour l’habiller (survêtement trop grands obligatoires pour arriver à passer les pieds) et essayer de la chausser (chaussures de skate 3 pointures trop grandes), bref, une horreur. Et beaucoup de douleur pour ma puce, tant physiquement que moralement.


Après les plâtres, elle a dû porter des attelles pendant la nuit (6mois, voir photos), et enfin faire des séances de kiné avec exercices de rééducation à faire à la maison chaque soir pour remuscler ses jambes, réapprendre à marcher et à courir.

Un vrai parcours du combattant que je ne souhaite à personne.


Aujourd’hui, petite puce s’est bien rétablie, même si c’est une surveillance de chaque instant car il lui arrive encore de reprendre ce mauvais réflexe.

Mais on veille au grain, et le souvenir de ce qu’elle a vécu lui fait vite poser les pieds à plat!


Tout cela a duré de décembre 2014 à août 2015. Ma fille était en moyenne section, elle avait 5ans. Elle a aujourd’hui 7ans et 9 mois. Elle a retrouvé un bon équilibre à plat, est un peu plus à l’aise dans les escaliers même si c’est encore fragile, elle court beaucoup mieux, arrive à faire du vélo à deux roues, marcher sur un rebord pas trop haut comme sur une poutre…


Le traitement a fait son effet, même si il fut difficile et même si il a fallu beaucoup de courage à ma puce pour réussir à l’endurer jusqu’à la fin.

Quant à moi, j’étais dévastée de la voir dans cet état. Sans parler de la culpabilité… Mais ça arrive plus fréquemment qu’on ne le pense et heureusement, je n’ai pas eu à subir les jugements du corps médical, car ils ont conscience que le problème vient surtout du fait que nous manquons cruellement d’informations.


Simplement pour conclure, le but est d’informer des RISQUES que l’on prend en utilisant un trotteur, un youpala, ou un jumperoo. Ce n’est pas forcément parce que vous en utilisez ou en avez utilisé un que votre enfant rencontrera le même problème que ma fille ou l’un des autres problèmes que j’ai mentionnés plus haut (bon, certains diront aussi qu’ils ont roulé toute leur vie sans ceinture de sécurité et qu’ils ne sont pas morts dans un accident de la route pour autant, mais je trouve que ces arguments sont moyennement recevables, car l’enjeu est trop grand, et surtout pour finalement ne rien gagner à s’y tenter…). Le but n’est pas de dramatiser la chose ou de faire culpabiliser qui que ce soit, mais simplement de faire réfléchir. 


Certaines mamans se posent des questions, et je témoigne de mon expérience avec mon enfant, dans une situation réelle, pour essayer de les sensibiliser, dans l’intérêt de leurs bébés, de leurs enfants. Il y a tellement d’alternatives, avec notamment la motricité libre pour laisser l’enfant grandir et évoluer à son rythme, sans brûler les étapes. De toutes façons, c’est avéré, le trotteur n’aide pas à l’apprentissage de la marche. Alors pourquoi prendre autant de risques quand l’enjeu est aussi important ? La mise à disposition d’un pousseur est également envisageable, et bébé pourra l’utiliser lorsqu’il sera prêt à le faire.


Chacun agit comme il le souhaite, je ne suis absolument pas dans le jugement. Mais le tout c’est de connaître les risques que l’on prend, et de le faire en toute conscience. Mes 3 frères et sœurs et moi avons tous pratiqué du trotteur et allons très bien… Néanmoins, ce qui est arrivé à ma puce peut également arriver à d’autres enfants…


Merci de m’avoir lue!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *